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jeudi 2 décembre 2010

REMARQUES EN PASSANT : L

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

°-°

LAPSUS

Je veux parler des avis de parution des deux livres que Klépal et moi venons de publier, et je m’entends dire : « mes envies de parution »…

LAPSUS (bis)

L’affaire Bettencourt, c’est un véritable awoerthement, Pardon, avortement. Attention, je n’ai pas dit : Woerth ment. Est-ce que j’ai une tête à dire des méchancetés, pardon des mensonges ?

C’est comme pour Courroye, je n’ai jamais dit que c’était un procureur dévoyé, j’ai écrit que c’était un procureur dévoué. C’est pas tout à fait pareil, quand même…

LÉGALITÉ

Ils n’ont rien fait d’illégal, paraît-il.

C’est bien le drame.

Le plus grave, c’est qu’ils n’aient rien fait d’illégal !

Si réellement tous les abus absolument scandaleux dont se sont rendus coupables Sarkozy et son gouvernement sont légaux, alors c’est plus qu’une affaire d’état, c’est une société tout entière qui marche sur la tête.

Il est effarant, il est monstrueusement scandaleux qu’il soit légal de rendre 30 millions d’euros à une milliardaire qui par toutes sortes de moyens légaux finit par ne donner aux impôts que des miettes de son immense fortune.

Il est effarant et monstrueusement scandaleux que la femme d’un ministre du budget puisse être embauchée pour 180.000 euros par an plus les bonus, soit pour ne rien faire, soit pour aider à frauder le fisc dont est responsable son mari.

La liste de ces abus scandaleusement légaux serait trop longue. Suffit de dire que dans une société normale aucun de ces scandales ne pourrait jamais être considéré comme légal, pour la bonne raison que chacun d’entre eux représente un viol délibéré tant du contrat social que des principes qui fondent la république française.

Dans cette république irréprochable, où est la Liberté ? Où, l’Égalité ? Où, la Fraternité ?

Si ce qu’ont fait les Woerth est légal, alors il faut de toute urgence changer la loi !

LENTEUR

Longtemps j’ai travaillé très vite, ce qui m’autorisait des plages de paresse étalées à perte de vue, des farniente élastiques. Je suis bien plus lent désormais, mes temps de loisir, devenus des temps morts à mes yeux, ont rétréci comme peau de chagrin, si bien que je n’ai plus du tout le temps de ne rien faire.

Ça me manque…

LIBÉRALISME

Le libéralisme a quelque chose d’aberrant dans son fondement même, puisqu’en dernière analyse son projet consiste à mettre l’ordre social au service de l’anarchie. De cette irrationalité schizophrénique originelle découlent les contradictions incessantes qui le rendent si naturellement catastrophique et si complètement incurable.

LIBÉRAL-NAZISME

Le nazisme n’est jamais que le comble du capitalisme et son aboutissement – la folie qui le prend quand sa soif de pouvoir et de profit, ou les nécessités de sa survie, l’amènent à abandonner les quelques restes de valeurs morales qui le rendaient sinon supportable du moins provisoirement viable.

Car avec son idéologie de la croissance perpétuelle et de la prédation infinie, le capitalisme plus ou moins soft n’est pas tenable sur le long terme.

Sa seule chance de survie est de devenir suffisamment hard pour espérer prolonger par la dictature des « élites » l’agonie programmée de son inévitable autodestruction.

Condamné par sa boulimie à finir par s’auto-dévorer, son élan même et jusqu’à son instinct de conservation le portent irrésistiblement à une forme ou une autre de ce nazisme dont il partage tous les principes.

Cette volonté de puissance délivrée de tout scrupule, qui est l’idéal même du nazisme, et qui fonde également la démarche du capitalisme, est par essence incompatible non seulement avec une authentique démocratie, mais encore avec le fonctionnement cohérent – pour ne même pas parler d’équité – d’une société humaine.

Ferreri l’avait illustré dans la terrible métaphore de « La grande bouffe » : l’excès est suicidaire.

LIBRE

Je ne me crois pas libre. Je me crois seulement libre d’admettre que je ne le suis pas, et de tenter d’en tirer les conséquences.

LIVRES

Il est des petits livres que j’aime. Je préfère souvent aux pavés les petits cailloux, dont la taille modeste semble augmenter les capacités de résonance, les échos qu’ils suscitent ; on dirait, quand on les laisse tomber dans le puits de notre mémoire, que les rides qu’ils y font naître s’élargissent en cercles concentriques toujours plus grands et qui n’en finissent pas de faire vibrer notre diapason intime.

J’ai beaucoup plus appris de « Notre philosophe », « L’ami retrouvé », ou « L’esprit de perfection » que de tous les pensums de Sartre. Peu de pages, beaucoup d’effet. Il est temps de renvoyer à leurs études les cuistres faiseurs de thèses ; leurs gros sabots sentent par trop la chandelle.

jeudi 25 novembre 2010

REMARQUES EN PASSANT : J

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

°-°

JARDIN

Tout jardin est un microcosme.

Et le fidèle miroir de son créateur…

Mais bien plus encore le modeste reflet du macrocosme.

L’infini, c’est dans mon jardin que je m’approche le plus près de lui.

JUNGLE (loi de la)

Il suffit d’avoir jardiné deux ou trois saisons pour savoir que la prétendue loi de la jungle n’existe que dans la cervelle tordue des êtres humains les plus névrosés.

jeudi 18 novembre 2010

REMARQUES EN PASSANT : I

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

°-°

ÎLES

Beaucoup d’îles en ce moment au cinéma (Shutter Island, The Gost Writer), îles-prisons, îles-refuges…

Me semblent être des métaphores de notre île à tous, refuge et prison perdue dans l’océan de l’infini. Mais aussi de notre isolement dans l’individualisme massifié de la mondialisation, tous repères perdus, naufragés plus ou moins volontaires, Robinsons de l’océan du fric roi.

Dans ces films, les personnages ne sont pas ce qu’ils paraissent être, on ne sait plus qui est bon, qui est méchant, les rôles s’inversent en un carnaval sinistre.

Mais Polanski n’est pas Scorcese, et son intéressant Ghost Writer demeure un peu superficiel et timoré, un thriller en demi-teintes qui agace gentiment les nerfs face à une tragédie shakespearienne dont la vertigineuse quête d’identité secoue le spectateur jusqu’au tréfonds – remettant en cause sa propre identité.

INDISPENSABLE

Il n’est pas très étonnant que nous finissions par en vouloir à ceux qui nous sont devenus indispensables, puisque nous leur avons donné le pouvoir de brider notre liberté.

INFIDÉLITÉ

Ce n’est pas parce que je suis infidèle que je ne suis pas fidèle. Bien au contraire !

INGRATITUDE

Parce qu’au fond de nous, même si nous ne nous les avouons pas, nous connaissons très bien nos défauts, nous avons bien du mal à croire qu’on puisse nous aimer, si bien que nous tendons à mépriser quiconque nous donne la preuve indiscutable qu’il nous aime en dépit de nos faiblesses.

INSOUCIANCE

L’insouciance n’est le plus souvent que le joli surnom dont nous décorons notre lamentable irresponsabilité.

INTÉGRATION

L’actuel président de la république a tout à fait raison de poser le problème de l’intégration des étrangers naturalisés français. C’est un problème qui lui tient d’autant plus à cœur qu’il a certainement conscience d’être concerné par lui au premier chef.

Nicolas Sarkozy, semble en effet devoir à ses origines exogènes des valeurs et des comportements qui entravent singulièrement sa compréhension et son respect des valeurs républicaines qui fondent la république française.

Devant son apparent refus de respecter la constitution qu’il est chargé de défendre, il n’est pas interdit de se demander s’il ne devrait pas être renvoyé dans son pays d’origine, le temps de réviser sa vision du monde afin qu’elle cadre avec le mandat qu’un peuple assez malavisé a commis l’erreur de lui confier.

INTELLIGENCE

Il est plus que temps de redéfinir l’intelligence. Toute une tradition, d’ailleurs plus récente qu’elle ne l’admettra jamais, en fait une sorte de chasse gardée des intellectuels. Domaine réservé à l’entrée duquel il convient de se déchausser, et où l’homme moyen ne devrait entrer qu’en courbant la tête et montrant patte blanche.

Au risque de passer pour un béotien, je crains de devoir soutenir qu’intelligence et intellectualisme n’ont strictement rien à voir, pas plus que ne sont synonymes savoir et création.

jeudi 11 novembre 2010

REMARQUES EN PASSANT : H

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

°-°

HÉTÉROPHOBIE

N’en déplaise aux lobbyistes de tout poil et à leur si commode pensée unique, je la condamne aussi fermement que l’homophobie.

HUMORISTES

J’écrivais ceci il y a quelques mois : ce sont aujourd’hui les humoristes qui font le boulot des chroniqueurs, d’où les attaques de plus en plus virulentes dont les premiers sont l’objet de la part des politiques qui voient bien que des Stéphane Guillon ou des Didier Porte sont autrement plus dangereux que leurs collègues plus policés….

C’est qu’ils mettent les points sur les i et appuient là où ça fait mal, quand la plupart des chroniqueurs servent la soupe aux puissants en psalmodiant en boucle leur lénifiante pensée inique – pardon, unique.

HYPOCRISIE

La plus répandue et la plus dangereuse, c’est l’inconsciente. Hypocrites, nous le sommes tous parfois, mais nous sommes presque toujours assez avisés pour ne pas nous en rendre compte…

Parce qu’il se croit honnête, Orgon est plus dangereux que Tartuffe – et à peine moins hypocrite. Les pires escrocs sont ceux qui ne font rien d’illégal.

jeudi 4 novembre 2010

REMARQUES EN PASSANT : F

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

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FAIBLESSES

Chercher à cacher ses faiblesses, c’est avouer qu’on ne se sent pas assez fort. Reconnaître nos faiblesses est la plus grande preuve de force que nous puissions donner.

FASCINATION

Me laisse rêveur la fascination servile de tant d’intellectuels contemporains devant les hommes de pouvoir et de profit. J’y retrouve le même amour immodéré de la force brute qui a soumis au fascisme, au nazisme et au stalinisme des générations de clercs, prosternées devant le Moloch qu’ils devraient dénoncer.

FICELLE (bouts de)

« Petits bouts de ficelle ne pouvant servir à rien ». Telle était la mention figurant sur l’enveloppe un peu froissée trouvée dans l’armoire à outils de mon père.

Être conservateur n’est pas un choix mais une vocation irrésistible.

FIDÉLITÉ

Nous ne sommes réellement fidèles qu’à nos habitudes. Aux mauvaises surtout.

FINI

Le problème avec Sarkozy, c’est qu’il n’est pas « fini ». Il en est resté au stade oral. Il fait partie de ces êtres inachevés qui ont un besoin vital de combler leur vide existentiel en cherchant à devenir infinis. Rien de plus dangereux que les impuissants de pouvoir…

Ils finissent généralement par imploser, mais après que leur dérisoire mégalomanie ait engendré tous les désastres dont elle était grosse.

FLORILÈGE

Choisis sur Internet, trois des commentaires les mieux venus sur l’affaire Bettencourt-Woerth :

G. Dédoutes

25.07.10 10h18

Puisqu’il a, comme Eric Woerth, une tête d’honnête homme, je le crois. Par contre vous n’êtes pas obligé de me croire, et vous aurez raison, puisque vous n’avez pas vu ma tête.

tranquillatoulouse

25.07.10 10h15

N’est-ce pas Eric Woerth qui depuis le début dit n’avoir jamais rencontré de Maistre ? J’attends juste le moment où cet "honnête" homme déclarera ignorer qui est cette Florence Woerth qui prétend être son épouse...

Cauchemar

25.07.10 09h47

C’est le même principe de défense que les petits délinquants de banlieue : Patrice jure qu’il n’a pas aidé Éric qui n’a pas donné un coup de main à Nicolas qui affirme qu’Éric est un gars honnête qui n’a pas pu pistonner Florence auprès de Patrice, etc. Et tout cela dans le journal d’un ami de Nicolas. Remplacez ces prénoms par des prénoms à consonances maghrébines et essayez de deviner en combien de temps le procureur Philippe (autre ami de Nicolas) aurait bouclé l’affaire.

jeudi 28 octobre 2010

REMARQUES EN PASSANT : E

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

°-°

ÉCUME

En matière d’art, notre époque, toute occupée de paraître, prend à peu près systématiquement l’écume pour la vague. Surfant sur la mousse superficielle et volage des idées et des sensations, elle semble incapable de plonger dans le mouvement profond des émotions authentiques. En un retournement catastrophique, l’accessoire est devenu essentiel et l’essentiel accessoire. D’où, entre autres, le dangereux retour des religions, ces lunettes colorées si commodes pour éviter de regarder la vie et la mort en face.

EMBALLEMENT

En France comme partout ailleurs, l’augmentation de la population a été bien trop rapide depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Quand je suis né, nous étions 40 millions de français, soixante ans plus tard nous frôlons les 65 millions d’habitants. Un développement aussi rapide est tout simplement contre nature et devient logiquement de plus en plus ingérable.

ENTREPRISE

L’entreprise, ce monstre froid. Écrasons l’infâme !

Avant qu’elle achève de nous écraser.

ÉQUILIBRE

Pour prendre toute sa force, le romantisme a besoin d’un certain classicisme. Pas d’élan accompli sans rigueur.

ESSENTIEL

Il faut toujours aller à l’essentiel, parce que les détails sont dans l’essentiel et non l’inverse. Si tu as saisi l’essentiel, les détails y sont, et d’autant plus qu’ils restent à leur place.

EUROPE

Jusqu’ici, l’Europe s’est faite sans les peuples, et souvent contre eux. S’étonner qu’elle ne soit pas populaire, c’est du cynisme ou de l’idiotie. L’Europe a droit de cité, pas les européens.

ÉVALUATION

Sous-estimer le passé pour mieux surévaluer le présent, voilà bien le plus sûr moyen d’hypothéquer l’avenir.

Voir PROGRÈS

EXPLORATION

J’ai parfois peur qu’à force de vouloir explorer la vie, à force de chercher ce que « cache » la réalité, nous ayons fini par oublier de la vivre. Quelle que soit notre capacité d’abstraction, la vraie vie est ici et maintenant.

jeudi 14 octobre 2010

REMARQUES EN PASSANT : D

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

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DÉCENCE

« La décence, en temps de crise, il faut y penser » proclamait l’autre jour Rama Yade, qui s’y connaît comme pas un en décence. Le reste du temps, on peut être indécent.

Comme disait la bonne quand j’étais enfant : « Ce qui va pas, c’est pas l’abus, c’est l’rab d’abus ! »

Voir ABUS

DÉPARTS

Ah, les départs au petit matin ! À côté du TGV qui piaffe le long du quai presque désert, sous les ampoules jaune orange estompées par la brume, un couple s’embrasse comme s’il se séparait pour toujours, et j’en suis d’autant plus touché que je sais que ce n’est pas vrai.

Dans la lueur glauque de l’aube, plus fantomatique que jamais, la gare de Frethun semble quelque astroport perdu aux confins d’une galaxie lointaine, et j’ai l’impression de m’embarquer pour quelqu’un de ces trous noirs d’où l’on ne revient pas.

Je vais juste à Paris.

DIEU

Je ne crois pas en Dieu, mais Dieu m’intéresse. L’idée, pas le bonhomme.

DOUCEUR

La force d’un Jésus ou d’un Gandhi n’est pas dans leur douceur, mais dans la violence de leur douceur.

jeudi 7 octobre 2010

REMARQUES EN PASSANT : C

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

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CERTITUDES

Les sujets sur lesquels nous nous montrons les plus péremptoires sont presque toujours ceux que nous ne possédons pas assez pour mesurer combien nous les connaissons mal.

CHAGRIN

Il faut être vieux pour connaître la douceur d’un chagrin accepté, dépassé et par là rendu presque supportable.

CHAPELET

Si vous voulez voir des larmes dans les yeux du pape, ce qui constitue sans aucun doute un authentique miracle, nul besoin de faire appel à la grâce divine. Suffit que vous ayez figuré pendant quelques années comme plat de résistance au menu d’un prêtre pédophile. Mieux, il y a un bonus, et pas n’importe lequel : si vous avez été violé à de nombreuses reprises par un ecclésiastique en rut qui n’en éprouve aucun remords, vous aurez l’inestimable chance de vous voir remettre en mains propres par le pape un chapelet dûment béni de ses mains.

C’est juste dommage que le pape actuel ait les mains si sales.

CHARITÉ

Si justice il y a, pas besoin de charité. Question d’équilibre autant que de dignité : faire la charité à quelqu’un, ce n’est pas lui rendre justice. L’ingratitude n’est le plus souvent que la juste réponse à l’insulte du don.

CHOIX

Quand j’entends quelqu’un dire : « On n’a pas le choix… », j’entends presque toujours : « Je ne veux pas me donner les moyens de choisir », ou « Je ne veux pas prendre le risque de choisir ».

Nous avons toujours le choix. Y compris de nous suicider. Simplement, nous n’avons pas toujours le courage de choisir. Autant le reconnaître, ce qui nous évite de nous rendre prisonniers imaginaires d’une impossibilité que nous avons nous-même décrétée.

Car le courage peut toujours nous revenir, sur les ailes du désir en particulier.

Mieux vaut s’avouer lâche que se vouloir résigné.

Voir TINA.

CON Choisir d’être con ne devient grave que si l’on oublie que, passé un certain temps, atteint un certain âge, la connerie devient irréversible.

CONFORT

Il est étonnant qu’après cinquante ans de consommation endiablée nous n’ayons pas encore compris que le confort est le pire ennemi de la douceur de vivre.

Mais aussi de l’art, ce que ne comprendront jamais les esprits académiques, fussent-ils « d’avant-garde ». Olivier Céna l’écrit quelque part : « Rien n’est plus éloigné de l’art que le confort. »

CONTINUITÉ

Old Nick, alias Paul-Émile Daurand-Forgues, écrivait en 1843 dans « Petites misères de la vie humaine », délicieux petit florilège de la vie quotidienne à l’époque romantique, merveilleusement illustré par Grandville : « Au rebours du siècle, qui remplace de tous côtés l’homme par la machine, j’ai remplacé la machine par l’homme. »

Rien de nouveau sous le soleil, même si nous pouvons nous flatter qu’en quantité comme en qualité notre siècle fasse beaucoup mieux que le sien.

CORRUPTION

Que les membres du gouvernement actuel soient profondément corrompus est grave. Mais ce qui est à la fois tragique et insupportable, c’est qu’ils le soient si essentiellement qu’ils puissent être sincèrement convaincus de ne l’être pas. Le chef-d’œuvre du libéral-nazisme actuel, c’est son inoxydable bonne conscience, fondée comme toujours sur une inconscience volontaire à côté de laquelle l’autruchisme de l’homme moyen passerait pour une lucidité particulièrement aigue.

Qu’un Ministre du Budget ait pu supposer une seconde qu’il était normal que sa femme soit au service de la plus grosse fortune française suffit à prouver le scandaleux abaissement moral d’une pouvoir qui me rappelle, en plutôt pire, ce qu’était le royaume du Maroc du temps où j’y ai effectué mon service national actif en coopération.

Il est vrai qu’une prise de conscience, même partielle, de leur inimaginable dévoiement acculerait nos pharisiens au suicide politique tout en leur renvoyant d’eux-mêmes une image radicalement insupportable : celle de la réalité de leur indignité.

C’est pourquoi, s’ils sont sincères, les braiements grotesques du premier ministre, hurlant avec les loups qu’il ne faut pas jeter les hommes politiques aux chiens, dénotent une incroyable ingénuité dans le cynisme.

Par respect pour ce qu’il peut avoir d’intelligence parfaitement dissimulée, je veux croire que durant cette mascarade François Fillon riait sous cape.

COUP (être dans le)

J’aime que Godard ait pu dire à Cohn-Bendit : « (…) je ne veux plus être dans le coup. Je l’ai été trop souvent, et à mon détriment. Chardin disait à la fin de sa vie : la peinture est une île dont je me rapproche peu à peu, pour l’instant je la vois très floue. »

Quand on tente de créer, il ne s’agit pas d’être dans le coup, mais de tenter de se rapprocher de ce qu’on cherche.

COUPS D’ÉTAT

Notre mini président s’est fait une spécialité d’une technique qu’il n’a pas inventée, mais qu’il pratique avec une remarquable assiduité, la technique des mini-coups d’état. Pas nouvelle, mais rarement appliquée avec autant de persévérance dans la crapulerie.

Tout y passe, du bouclier fiscal à la réforme des retraites, de la suppression du juge d’instruction au profit d’un parquet esclave du pouvoir à la destruction non seulement de l’école laïque mais des contenus de l’enseignement (suppression des langues anciennes, révision ultralibérale des programmes d’histoire), sans oublier les conflits d’intérêt et la corruption galopante, pour ne citer que les plus récentes atteintes aux valeurs (j’ai déjà donné à deux reprises une liste non exhaustive des mauvais coups portés à la démocratie depuis le début de cette présidence, voir les Remarques en passant n° 15 et 19).

Par petites touches qui constituent autant de scandales au regard de la démocratie, mais restent suffisamment isolées pour n’être pas réellement perçues du plus grand nombre qui d’ailleurs préfère ne rien voir dans toute la mesure du possible, le pouvoir oligarchique actuel, en utilisant le régime en place qui s’y prête admirablement, et tout en prétendant toujours faire l’exact contraire de ce qu’il fait (c’est pour sauver nos retraites qu’on les démolit, etc), vide peu à peu la démocratie de son sens.

Elle n’est plus qu’un masque sous lequel ricane la tête de mort du libéral-nazisme. C’est pourquoi, même si c’est la première urgence, il ne suffira pas de rendre Sarkozy au néant d’où les français n’auraient jamais dû le sortir. Il va falloir tout reconstruire, du contrat social aux institutions, et ce contre une nouvelle féodalité qui, forte des succès inouïs par elle obtenus depuis plus de trente ans, se défendra bec et ongles sans le moindre scrupule.

La marche très avancée vers la dictature absolue des riches, par les incroyables spoliations qu’elle entraîne chaque jour davantage, finit malgré tous les rideaux de fumée par apparaître pour ce qu’elle est : un crime permanent contre l’humanité, et un désastre pour son environnement.

Elle est si avancée qu’elle semble irréversible aux plus exaltés de nos nouveaux seigneurs, d’où leur impudence, cet espèce de « Bas les masques ! » qui constitue la vraie rupture sarkozienne.

Sans nous en rendre vraiment compte, nous vivons depuis des années sous un régime dictatorial soft, qui se durcit à mesure que sa scandaleuse injustice et son effarante inefficacité se révèlent.

Si cela lui paraît nécessaire, nous allons voir apparaître la vérité de ce régime, et son impitoyable violence. Les banlieues, dûment instrumentalisées, pourront être le prétexte d’un passage à la violence ouverte, seul moyen pour l’oligarchie de se maintenir au pouvoir, eu égard aux désastres provoqués par son avidité et son incompétence.

À cette heures, il n’y a plus en France de contrat social. Cet accord implicite qui fonde toute société viable a été dénoncé unilatéralement par les puissants et les riches, et ce dès 1967 avec le discours fondateur de ce personnage particulièrement sinistre qu’était le faussement bonhomme Georges Pompidou.

COURAGE

« Ce qui compte dans le courage, c’est l’acte lui-même, pas ce qu’il permet d’obtenir » écrit fort justement une chercheuse qui s’est longuement penchée sur cette vertu si peu fréquentée aujourd’hui.

CRÉDIBILITÉ

Un auditeur de droite questionne le socialiste Michel Sapin, éminent spécialiste de la langue de bois, comme son nom l’indique. De sa question et des commentaires qui l’accompagnent, il ressort que, pour reprendre ses propres termes, « les socialistes seront crédibles quand », je résume, ils admettront qu’à moins d’être fou à lier on ne peut pas être de gauche, et feront donc la seule politique possible, une politique de droite.

Pour les imbéciles, on n’est crédible que quand on se range à leur avis.

Hélas, peu ou prou, nous sommes tous des imbéciles.

La droite est ce qu’il y a de plus bête au monde. D’où notre difficulté à lui échapper.

Même quand nous nous croyons de gauche.

CREUX

J’ai fini par aimer les angoisses porteuses et les vides féconds, ces temps creux qui finissent par résonner, et sans lesquels nous ne pourrions agir tant seule la terreur qu’ils engendrent en nous peut nous permettre de les dépasser.

CRIME

Le crime contre l’humanité commis tant par le communisme que par le capitalisme, qui ne sont au bout du compte que les deux faces opposées de la même fausse monnaie, c’est d’avoir toujours banni l’humour, la paresse, le rêve, tout ce qui paraît inutile et gratuit et qui fait le vrai prix de la vie, parce que cela seul lui donne sens.

CRITÈRE

D’un type des « éditions » Fixot, si je me souviens bien, cette suggestive définition de ce qu’est un bon livre : « C’est vraiment un très bon bouquin, qui se lit très vite ».

CRITIQUES

Je les accepte d’autant plus facilement que je n’en tiens à peu près jamais compte.

CULTURE

Ce que nous appelons aujourd’hui culture, c’est un ensemble de pratiques beaucoup plus passives que celles qui avaient cours dans les hautes classes de la société par le passé. Je n’ai rien contre la culture de masse, mais elle tend par pesanteur et inertie à la passivité.

Pour les élites du passé l’activité culturelle n’était pas qu’un plaisir, elle faisait partie du bagage nécessaire à la réussite sociale.

CYNISME

Qu’il se dise ou non de gauche, tout cynique est à mes yeux de droite. L’honneur de la gauche, qui est aussi trop souvent son principal défaut, c’est d’être viscéralement idéaliste.

C’est pourquoi tout homme de pouvoir, à supposer qu’il ne soit pas de droite dès ses débuts, finira forcément à droite ; et plus il aura été « de gauche », plus il touchera la droite la plus extrême, qu’il en prenne ou non conscience. Les exemples abondent…

Robespierre est sans doute l’un des très rares hommes de gauche qui aient jamais existé. Pour le meilleur et pour le pire, car la morale n’est pas sans danger, dès lors qu’elle s’institue religion, et que ses prêtres se lancent dans l’Inquisition.

jeudi 30 septembre 2010

REMARQUES EN PASSANT : B

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

° - °

BEAUTÉ

La beauté a toujours été mon unique raison de vivre. J’entends par beauté non seulement celle des choses, mais la beauté des êtres et des sentiments. Je ne sais pas si Woerth et Bettencourt sont honnêtes, je ne sais pas s’ils ont enfreint la loi. Je sais que rien ni personne ne m’empêchera de les trouver indiciblement laids, comme tous les hommes et femmes de pouvoir et de profit.

Voir RAISON D’ÊTRE.

BEAUTÉ

« Un chef-d’œuvre doit-il être beau ? » déclare sur France-Inter le conservateur du Musée Pompidou de Metz, qu’on sent tout heureux de sa petite provocation. Et de continuer à se gargariser : « C’est la grande révélation des cinquante ou cent dernières années » proclame-t-il. À la louche, cas de le dire…

« Nous avons voulu questionner l’histoire de l’art… » renchérit une pimbêche, et l’autre couillon de reprendre avec cette légèreté sentencieuse qui fait tout le charme des cuistres : « Ce qui m’intéresse, c’est quand l’art fait d’entrée réfléchir. »

Ça, c’est envoyé ! Un tel niveau de réflexion, ça fait réfléchir…

Quel enseignement débile, quels enseignants incultes nous ont fabriqués de pareils crétins ?

Évacuer la notion de beauté, et supprimer par là même tout critère d’appréciation, voilà la grande affaire et l’authentique chef-d’œuvre des clercs de l’art contemporain, ces marchands du Temple, ces pharisiens du marché de l’art.

C’est au fond le fin du fin des Lumières : faire en sorte que la « réflexion » court-circuite la contemplation, en la précédant. Analyser, comprendre, disséquer, pour ne pas avoir à sentir, pour ne pas avoir à vivre – pour mieux se réfugier dans cette confortable abstraction qui permet à l’homme d’aujourd’hui de se confronter le moins possible à la réalité de la matière et à ses contraintes.

Triomphe de la « conscience », apothéose de l’ego : je pense, donc je suis.

L’art véritable dit tout le contraire : je sens, donc je suis. L’art s’intéresse au fait que même quand je ne pense pas, je suis.

Mégalomanie de l’esprit qui voudrait se débarrasser du corps, de sa réalité et de ses limites.

La beauté est gênante parce qu’elle implique la laideur. La beauté s’oppose au pouvoir, parce qu’elle ne se décrète pas, parce qu’elle lui échappe.

Un chef-d’œuvre ne peut être que beau, parce qu’un chef-d’œuvre donne à vivre.

L’art n’a pas à faire réfléchir, il doit faire vivre. L’art ne s’adresse pas qu’à la tête, ne concerne pas le seul intellect. L’art n’existe que s’il parle à l’être entier, corps et âme, réflexion et sentiment, esprit et matière. Alors naît cette égrégore fragile et irrésistible, la beauté. Qui n’est pas dans la réflexion, mais dans l’au-delà de la réflexion, pas dans la pensée mais dans la création.

Il n’y a pas d’art intellectuel, parce que l’artiste intellectuel, celui qui se contente de réfléchir, est tout bêtement un impuissant. Voyez Buren, Warhol et autres maîtres esbroufeurs.

jeudi 23 septembre 2010

REMARQUES EN PASSANT : A

REMARQUES EN PASSANT

ABECEDAIRE

Par Alain Sagault

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Quelques citations de mise en bouche avant le plat de Résistance :

« C’est en gardant le silence alors qu’ils devraient protester que les hommes deviennent des lâches »

Abraham Lincoln.

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« Quelle plaie que le sens politique quand il vient affaiblir le feu de la morale ! »

Philippe Bilger, pour une fois bien inspiré

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« Opprimer le peuple afin qu’il serve son seigneur, c’est comme s’arracher un morceau de chair pour s’en remplir la panse », disait au septième siècle de notre ère l’empereur de Chine Taizong (626-649).

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« L’ennemi numéro 1 de tout État est l’homme qui est capable de penser par lui-même sans considération de la pensée unique. Presque inévitablement il parviendra alors à la conclusion que l’État sous lequel il vit est malhonnête, insensé et insupportable, ainsi, si cet homme est idéaliste il voudra le changer. S’il ne l’est pas, il témoignera suffisamment de sa découverte pour générer la révolte des idéalistes contre l’État. »

Henry Louis Mencken (1880-1956) – Journaliste, écrivain et libre penseur, l’un des écrivains américains les plus influents du 20e siècle

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« Je prie que l’on excuse le ton sérieux où je me suis laissé entraîner. J’aime mieux sourire que déclamer ; mais il y a des gens qui ne laissent pas toujours le choix, et qui, à l’occasion, rendraient sinistre l’homme le plus gai de la terre. »

Alphonse de Calonne, Noblesse de contrebande

AAA

AAA ! Ça sonne comme un éclat de rire, mais surtout comme un aveu d’impuissance, pire, comme un renoncement complice. Qu’après la crise des subprimes les gouvernements n’aient pas fait le plus petit effort pour remettre en cause la mondialisation financière, sans prévoir une seconde qu’ils donnaient ainsi un blanc-seing aux spéculateurs et abdiquaient le pouvoir pour le remettre aux banquiers, signant ainsi la fin de toute forme de démocratie, donne une idée claire de la nullité crasse et de l’invraisemblable degré de corruption des prétendues élites contemporaines.

Que des gouvernements supposés démocratiquement élus acceptent sans broncher d’être notés par des officines privées dépourvues de toute éthique et notoirement associées depuis des décennies aux pires magouilles financières et à la spoliation organisée des peuples, cela donne une idée du merdier dans lequel nous nous trouvons.

Et que lesdits peuples n’aient pas encore fait la révolution donne une idée de notre lâcheté et de notre paresse, de notre aveuglement volontaire et de notre sourde volonté de demeurer esclaves.

ABSTRACTION

Aucun peintre digne de ce nom ne peut ignorer qu’en fin de compte l’abstrait figure toujours quelque chose, quand ce ne serait que la matière. Si d’une manière ou d’une autre l’abstraction n’évoque pas les lois qui mettent en forme la vie, elle n’est même pas abstraite, elle est aussi dépourvue de sens, c’est à dire d’émotion et de réflexion, qu’un monochrome.

ABUS

En bon bourgeois, je me suis toujours efforcé de n’abuser qu’avec modération.

Voir DÉCENCE.

ARMÉE

Toute armée me semble en comporter deux, bien distinctes, celle du temps de paix et celle du temps de guerre.

En temps de paix, et d’autant plus que la paix dure, se cristallise une armée de militaires. La guerre alors est interne, entre bureaucrates, épousant les subtilités hiérarchiques et les influences politiques, pour produire à terme une armée dont l’ordre apparent résulte d’une routine timorée et dont le calme trompeur dissimule mal la paresse et les divisions. La force armée se fige en force d’inertie.

En temps de guerre, les militaires, qui sont incapables de la faire, ou du moins de la gagner, laissent à contrecœur la place aux soldats, c’est à dire aux vrais guerriers, dont le nombre et l’influence augmentent d’autant plus que se prolonge la guerre.

Ainsi naissent ces armées de soldats que le retour de la paix rend dangereuses, parce qu’elles ne sont pas faites pour maintenir l’ordre à l’intérieur mais pour porter le chaos chez l’ennemi.

Il peut arriver qu’un militaire sous la pression des circonstances se découvre soldat, mais il est bien rare qu’un soldat devienne militaire. Sa raison d’être, la guerre, le rend inapte à la paix, qui n’est aux yeux du vrai soldat qu’un chômage débilitant, presque déshonorant.

Aucune de ces deux armées ne l’emporte jamais tout à fait, car tout en étant radicalement antinomiques elles ne peuvent exister l’une sans l’autre. Elles coexistent donc selon des proportions variables dépendant du contexte plus ou moins paisible ou guerrier.

Les militaires sont détestables, mais il en faut. Les soldats sont parfois admirables mais pas trop n’en faut.

ART

Ce qui caractérise à mes yeux l’art contemporain officiel, c’est son incroyable absence d’exigence et de rigueur. La plupart des artistes en vogue actuellement se satisfont de bien peu. Un baratin pompeux de vendeur de râpes à fromage leur tient lieu de pensée, des trucs d’amateur ou une structure industrielle leur épargnent la nécessité d’une technique, la déclinaison paresseuse de concepts systématiques remplace avantageusement le développement et l’évolution d’une recherche.

Suffit qu’ils sachent renifler le vent dominant, et que leur « résilience » leur permette de barboter à l’aise dans le marigot des tendances académiques. L’important est que l’originalité programmée se substitue à la toujours dangereuse fantaisie personnelle, que le cynisme et l’astuce permettent de trouver la « valeur » ailleurs que là où elle est réellement, dans l’éthique et l’amour.

L’art a vendu son âme à la communication, les artistes se sont faits marchands de tapis. La tentation n’est pas nouvelle, ce qui est nouveau, c’est qu’il est devenu normal et même souhaitable d’y succomber, voire de s’en vanter.

Il règne dès lors un confusionnisme qui autorise, quand il ne les encourage pas, toutes les dérives, toutes les esbroufes, toutes les arnaques, et dans lequel l’art a tout à perdre et le veau d’or tout à gagner.

Il est temps d’en finir avec l’ère stupide des provocations puériles et des déclarations fracassantes, et de se remettre au travail. L’art consiste à créer, rien de moins, rien de plus.

Et n’en déplaise aux artistes intellectuels de marché, sa plus haute vocation n’est pas l’exaltation de l’intelligence ni celle de la virtuosité, encore moins celle du marketing, c’est l’évocation et la contemplation du mystère de l’univers et de sa beauté.

AVENIR

C’est des trucs de vieux, l’avenir. Les jeunes ne voient pas plus loin que demain, le futur leur apparaît estompé dans la brume impalpable de leurs rêves dorés. Gare au jour où leurs anciens les forcent à s’inquiéter du lendemain : si la porte est fermée, ils l’enfonceront.