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mercredi 24 novembre 2010

BONNE IDEE QUE D'ETRE GENTIL SANS ETRE TROP LACHE

bonne idée que d'être gentil sans être trop lâche

bonne idée que d'être employé sans trop se soumettre à la fonction

bonne idée que de ne pas trop se laisser défigurer par la mesquinerie

bonne idée que de ne pas être trop poli avec la hiérarchie

et d'avoir pris du Ramsay Midwood pour la bagnole

et de surfer sur une longue vague de feux verts

et de profiter de l'absolution du soleil couchant

à fond mais lentement

.

et en plus il y a le rire de ma petite soeur partout

et en plus il y a une place de parking qui échappe au racket de la municipalité

et en plus c'est déjà l'heure de l'apero dans ma vie de branleur

et en plus c'est déjà l'heure des heures magiques

et en plus dans le célèbre square derrière la célèbre place

je croise la célèbre Gaëlle

et en plus elle m'offre une fleur passque c'est moi

et en plus elle m'offre une fleur sous le regard torve de tous ses amis imposables

et en plus je couve quelque chose qui fait rêver mais pas dormir

et en plus je couve quelque chose qui résout des trucs graves avec des trucs légers

bonne idée que d'être gentil sans être trop lâche

Heptanes Fraxion

lundi 8 novembre 2010

MILITANT

Le dos bien droit dans mon fauteuil

Je te salue toi militant

Qui va te faire casser la gueule

Dans la rue par n’importe quel temps

.

N’importe quel temps…

.

Je te rencontre tu me pardonnes

Uniquement via le vingt heures

Quand les médias bien à la botte

Minimisent ton baroud d’honneur

.

Baroud d’honneur…

.

Quand Pujadas te somme en somme

De faire ton mea culpa

Pour avoir cassé du matos

A la barbe des Dupont Lajoie

.

Dupont Lajoie…

.

C’est sans doute un peu trop facile

De te laisser monter au front

Face aux sarcasmes des imbéciles

Aux nerfs de bœuf des bas du Front

.

Des bas du Front…

.

Tout le monde n’a pas camarade

Le courage de Pierre Overney

L’abnégation de Pierre Goldman

Pour accepter de prendre des pierres

.

Prendre des pierres…

.

Aussi bien droit dans mon fauteuil

Je te rencontre tu me pardonnes

Uniquement via le vingt heures

Quand les médias rappellent la norme

.

Rappellent la norme…

.

Que tu deviens et c’est justice

L’objet de la honte et l’opprobre

Pour avoir dit que l’injustice

C’est bizarre s’arrête à la porte

.

S’arrête à la porte…

.

De tous ceux qui dans leur confort

Votent ces lois que tu contestes

En dernier redresseur de torts

Poing tendu face aux CRS

.

Aux CRS…

.

Philippe Ayraud

mardi 2 novembre 2010

LE CRI DES ANARCHISTES

Ils ont la débandade

De ceux qui finissent au poteau

Ils ont pour tout hommage

Le croassement des corbeaux

.

Ils ont le pas de chance

De ne pas finir dans les livres

Ils ont cette arrogance

De vouloir mourir libre

.

Derrière le sang des hommes

Le cri des anarchistes

Entendu par personne

Il meurt au dernier cri

.

Ils n’ont pour toute Place Rouge

Que le repaire de leurs nuits blanches

Ils n’ont pour tout Moscou

Qu’une Barcelone toujours à prendre

.

Ils portent en bandoulière

Les printemps qui ont fait l’Espagne

Sur leur tombe en jachère

Leurs graines s’arriment au vent du large

.

Derrière la peine des hommes

Le cri des anarchistes

Anathème qui résonne

Il meurt au dernier cri

.

Ils peignent en noir les rêves

De ce noir couleur de la vie

Dont ils raccommodent et rapiècent

La folle bannière de l’utopie

.

Ils ont comme nuit de noces

Le mariage avec la faux

Ils ont pour sacerdoce

De s’être toujours inscrit en faux

.

Derrière le sang des hommes

Le cri des anarchistes

Entendu par personne

Il meurt au dernier cri

.

Ils ont pour seul viatique

Le vrai sourire des camarades

Ils ont des comptes en triques

Et en bâtons pour seule épargne

.

Ils ont le nevermore

Ils ont le bateau ivre

Ils ont Rimbaud au corps

Et des armes dans les livres

.

Derrière la peine des hommes

Le cri des anarchistes

Anathème qui résonne

Il meurt au dernier cri

.

Derrière le sang des hommes

Le cri des anarchistes

Entendu par personne

Il meurt au dernier cri
.
Philippe Ayraud

vendredi 29 octobre 2010

UTOPIE ET GASTROENTERITE

il y a quelque chose de pourri dans l'air

qui rend cons les commerçants

et tristes sans raison la plupart des gens

.

il y a quelque chose de pourri dans l'air

qui imprime sur les trottoirs certains noctambules

qui ne sont ni médecins ni avocats

.

il y a quelque chose de pourri dans l'air

qui file la chiasse aux chiens des rues aux chiens errants

mais pas au corps enseignant

.

il y a un truc de pourri dans l'air

qui empêche de prélever un peu moins de 4%

sur le cumul des 250 plus grandes fortunes mondiales

et ainsi subvenir aux besoins de base de la population globale

dans les domaines de l'alimentation de la santé et de l'éducation

.

eh ouais

.

eh ouais

Heptanes Fraxion

samedi 23 octobre 2010

BAISSE LES YEUX

Le 20 octobre 2010, le journal de 20 heures de France 2 a montré les images du blocage de la raffinerie de Donges. Un gréviste s’adressait à un CRS : « Tu fais ton boulot… C’est ta mission… D’accord… Mais au moins baisse les yeux ! » C’est cette scène belle et digne qui m’a inspiré cette chanson.

.

* * *

.

C’est sûr que tu fais ton boulot

Et tu accomplis ta mission

Faut bien faire manger les marmots

Et payer les traites du salon

.

Mais baisse les yeux

Oh Bon Dieu Bon Dieu

Baisse un peu

Les yeux

.

Peut-être que tu n’as pas le choix

Peut-être que tu es un brave type

Peut-être aussi que tu y crois

A ce putain d’ordre public

.

Mais baisse les yeux

Oh Bon Dieu Bon Dieu

Baisse un peu

Les yeux

.

Peut-être qu’on aurait fait de même

Peut-être qu’on n’vaut pas beaucoup mieux

On ne brandit pas l’anathème

C’est si facile d’être vertueux

.

Mais baisse les yeux

Oh Bon Dieu Bon Dieu

Baisse un peu

Les yeux

.

Philippe Ayraud

Photo récupérée ici : http://brest.letelegramme.com/

mercredi 20 octobre 2010

FIN DE SIECLE

intelligence artificielle
par la fenêtre du salon
je vois la zone industrielle
plus loin darty et décathlon
.
l’amour a les genoux qui plissent
depuis longtemps nous nous taisons
plus de complots plus de complices
les gens font quoi dans les maisons
.
enfant je détestais décembre
le miel et les robes de chambre
je voudrais n’être maintenant
.
que le jouet du vent qui souffle
je nage un peu dans mes pantoufles
c’est ridicule et fascinant
Gaston Vieujeux

dimanche 17 octobre 2010

PLACE DU MARCHE NEUF

Il bougonne, sent le tabac froid, humilié du mégot. C’est à peine si vous le voyez. Vous passez à côté, vous l’avez tué.

On est mercredi, il le sait. Place du Marché neuf, il recherche la vie. Il parle dans le vide. Laissez-le parler.

Il est aussi flétri que les fleurs qu’on trouve après le marché et que des vieilles dames au dos rond comme les chats ramassent sans hâte.

Il flaire la vie, il fait si bon dormir pas trop loin d’elle, juste à côté, au cas où elle l’appellerait, on ne sait jamais.

On n’entend plus sa voix dans les maisons, elle ne touche plus les cœurs. Elle vous a frôlé sur le trottoir, demandé du feu. Vous n’avez pu faire autrement que lui en donner.

Il est dans l’ombre de votre vie. Attend les miettes qui en tombent. Vous avez peur de ses mains, de ses yeux qui ne demandent rien.

Vous pensez que ce n’est pas de cette façon qu’on est un homme. Vous n’êtes plus sûr de vous dans ses yeux, vous vous sentez sale dans ses mains.

Vous avez peur qu’il vous demande autre chose.

Il attend que le soir arrive pour croire au lendemain. Que lui avez-vous laissé ? Vous l’avez tué.

Il ne sait plus rire. Il mange furtivement. Il dort furtivement. Il recherche la vie un peu partout, au hasard des rencontres.

Vous ne vous souvenez plus de lui car il n’est pas le seul à avoir ce visage de nuit, cette démarche sombre, ce costume.

Vous lui avez rendu la vie impossible. Vous l’avez tué.

Oh ! ce n’est pas votre faute, encore moins la sienne, mais il a appris silencieusement à fuir, de partout, loin de tout.

Il finit vos restes de vie, il grignote, Place du Marché Neuf, mercredi.

On ne le remarque plus, on s’habitue.

Il parle.

Laissez-le parler.

Vous l’avez tué.

Pascale Arguedas Photo ©Pascale Arguedas

samedi 16 octobre 2010

LIBERTAIRES

Ce sont les traqués de frontières

Qu’ils ne reconnaissent pas

Les oubliés des morts d’hier

Ceux qu’on ne commémore pas

.

Libertaires ? / Libertaires !

Libertaires ? / Libertaires !

.

Ce sont les fils de la Commune

Et de la Guerre d’Espagne

Ils finissent dans la fosse commune

Quand l’Histoire tombe en panne

.

Libertaires ? / Libertaires !

Libertaires ? / Libertaires !

.

Sur une musique de fandango

Un air de valse musette

Ils ont dit merde au vieux Franco

Et ramassé perpète

.

Libertaires ? / Libertaires !

Libertaires ? / Libertaires !

.

Dans le cirque international

Ce sont des saltimbanques

Qui aiment foutre la pagaille

Et faire sauter la banque

.

Libertaires ? / Libertaires !

Libertaires ? / Libertaires !

.

De la théorie du chaos

Ils ont pris l’essentiel

Peu importe de finir KO

Il faut mettre le bordel

.

Libertaires ? / Libertaires !

Libertaires ? / Libertaires !

.

Et quand ils tirent leur révérence

Pour filer chez Saint Pierre

Pas question de faire révérence

Mettre un genou à terre

.

Libertaires ? / Libertaires !

Libertaires ? / Libertaires !

.

Et si Le Vieux veut qu’ils s’inclinent

C’est pas gagné d’avance

Ils ont trouvé chez Bakounine

Deux trois longueurs d’avance

.

Libertaires ? / Libertaires !

Libertaires ? / Libertaires !

.

Philippe Ayraud

mardi 14 septembre 2010

SOLEIL VERT

Un brouillard s’abat sur les rues, froid et piquant, formant par endroit des poches qui empêchent de voir à deux mètres. Les voitures, feux allumés, roulent au pas, s’amoncellent. Les moteurs se fatiguent au ralenti. Cris et concerts de klaxons. J’en attrape le tournis et mon mal de tête revient. Je me sens agressée par l’intensité sonore, ma tête en explose, je n’arrive pas à concevoir comment les autres supportent ce bruit infernal et continuel. Les bouches de métro avalent et recrachent sans cesse un monde fou, des armées abattues, fatiguées, ceux qui rentrent du travail croisent ceux qui partent — le visage encore gonflé de sommeil — pour prendre le poste du matin. D’autres ne font que battre le pavé, traînassent sans but précis, s’agglutinent au coin des rues, sur les places et se perdent en palabres interminables…

Dans ce brouhaha gris, une corne de brume jaillit. La voix d’un homme de taille gigantesque, le teint cuivré, les mains et les pieds énormes — il rappelle les aborigènes de Patagonie décrits par les explorateurs — dans une veste à carreaux râpée, à col de velours. Il pérore, d’un trait, intarissable. Impossible d’endiguer son débit. Certains, intrigués, s’y collent. En vain. Soudain, on dirait que l’homme est arrivé à un passage particulièrement solennel de son sermon qu’il semble être le seul à comprendre. Il lève une main imprécatoire au-dessus de la tête, la passion l’envahit, il abaisse les paupières, pour quelques secondes il entre en transes, muet, puis il éclate d’un rire théâtral, tonitruant. Il fait signe à la foule de s’approcher, pour se faire écouter : sa voix tourne à la mélopée. Il a une épaisse voix basse qui entonne une sorte d’air d’opéra. A sa façon d’attaquer, de maintenir ou de moduler la mélodie, on sent bien qu’il a une excellente capacité vocale et même travaillée, malheureusement passablement abîmée par la vie errante et dépravée qu’il a dû mener, voilée et rendue rauque par l’abus d’alcool et la nicotine. Il tremble de tout son corps, colère, amertume, impuissance et désir de vengeance bouillonnent en lui. Mais l’émotion de s’exprimer en public l’épuise tant que sa voix déraille, il arrive à peine à chuchoter un merci à ceux qui l’ont écouté, il étouffe une longue quinte de toux dans son mouchoir, les joues empourprées. La voix s’éteint, la foule se disperse. L’homme reste seul, regard hébété.

Le cône de bâche blanc d’une enseigne luit à travers les déchirures éparses des pelotes cotonneuses de brouillard, puis s’y immerge de nouveau. Dans cette bulle de clarté, ce fragment blanc d’éternité, une petite vieille fragile, oiseau malade terrorisé progresse à pas tremblants en milieu hostile. Elle traîne son corps chétif, se hasarde à traverser au carrefour, éternellement repoussée, bousculée par la cohue, avant que je la perde de vue. Chacun de ses pas étant le fruit d’un combat, je n’attends pas un règlement de focale pour savoir ce qu’elle est devenue. Sa vie est une lutte pour chaque mètre, alors que les forces lâchent souvent. Si elle échoue maintenant, elle est perdue. Donc elle avance, doit progresser à tâtons comme un aveugle contre un mur.

Elle a croisé un mendiant à la recherche d’un coin, d’un abri, d’une litière. Il traverse délibérément la chaussée au feu rouge, éparpille les déchets, piétine volontairement les rares parterres de fleurs clôturés. Il se dirige vers moi à présent, transgresse, par esprit de révolte semble-t-il, le plus d'interdits possibles : il ne se sent pas concerné par les lois qui l'ont exilé, mis au banc d’une société en déroute. S'il est bousculé, il rend sournoisement les coups ou poursuit le fautif avec acharnement, le rattrape et se venge verbalement. Ce vagabond barbu en haillons me regarde. Un regard noir et hagard, harassé et traqué, qui me fait peur. De tels yeux au milieu de ce visage jaune, émacié, amaigri, d'homme des bois... Il se couche sur le trottoir à côté de moi, se recouvre d’un manteau sentant la pluie, trempé à tordre, roule une boule de chiffons sous sa tête. Bête blessée cherchant à cacher son mal, il se ramasse sur lui-même jusqu’au tréfonds de sa conscience confuse. Il serre les dents, sent probablement la haine monter comme une odeur de vomi pour proférer tant de jurons dans une sorte d'obstination opiniâtre. La foi du charbonnier. Une fidélité ridicule envers soi. Une complicité déraisonnable avec lui-même, puisqu'il ne peut compter sur personne d'autre. Ne pas se laisser faire, ne pas perdre ! Ses forces l’abandonnent soudain, à un point tel qu’il s’endort sur le champ, au milieu de borborygmes, de bruits de chargement de camions de livraison, de grincements de tapis roulants, d’une banale cacophonie citadine.

Des jeunes rient, galèjent, s’amusent à grand bruit pendant que d’autres cherchent à survivre, agglutinés, se marchant les uns sur les autres. Ils envahissent, submergent et engorgent Paris, saturent et encombrent tout l’espace de leurs vies innombrables, existences végétatives aux fonctions vitales et besoins réduits qui atteignent l’intolérable. Le brouillard se densifie, il fait quasiment nuit en plein jour à Paris. Des lumières s’allument, des blanches, des rouges, des bleues, des vertes. Des lumières fixes, des clignotantes, des tournantes, des circulaires, des fluctuantes, certaines s’éloignent paresseusement, d’autres disparaissent aussi mystérieusement qu’elles sont apparues. Prise de vertige, une pensée vagabonde s’infiltre dans mon esprit. Je range mon carnet dans mon sac à main, décidée à fuir. Je tombe sur Épépé [1] que je suis en train de relire. Je ne sais plus ce qui relève de la réalité, de la fiction, de mon imprégnation. Je m’envole, vers un soleil vert imaginaire.

Pascale Arguedas

(Illustration de l'auteur)


[1] Épépé de Ferenc Karinthy, éd. In Fine/Austral

dimanche 20 juin 2010

CE POEME EST EXACTEMENT CE QUI SUIT

Ce poème n'est autre chose qu'une suite de mots, qu'une ribambelle d'idées plus ou moins brillantes, qu'un fatras de consonnes et de voyelles, qu'une partouze de courbes désordonnées. Ce poème n'est autre chose qu'une suite de mots, ceux-là même que j'aligne sous vos yeux, qui ne sont que des lettres mises bout à bout dans un ordre logique, rien de plus, qu'une phrase sans autre sens que celui de la lecture et dont le dernier mot est celui-ci. Non pas celui-là, j'ai bien dit celui-ci.

Guillaume Siaudeau

lundi 7 juin 2010

IMPRESSIONS PARISIENNES PRESENTISTES

La société actuelle.

Ne semble pas laisser de place à l’imagination, au rêve, à l’indéterminé.

N’accepte pas la flânerie, le dilettantisme, le cheminement personnel.

Le visage des gens.

Il faut travailler, pousser son caddie, sa poussette.

Visages occupés - par quoi au juste ?

La répétition.

« Gardez les pieds bien à plat ! » - « Gardez les pieds bien à plat ! », répète la voix de l’escalator.

« Gardez l’esprit dans les chaussettes ! » diffusent les messages publicitaires.

Minuit en région parisienne.

Un jeune beur, contrôlé par quatre policiers.

Un SDF, vautré sous un pont du périf.

Une femme voilée, prostrée dans le RER.

Informatique et liberté.

@ Toutes ces images

Quotidiennement @

@ Enregistrées !

Louis Le Guen

vendredi 4 juin 2010

LETTRE D’AMOUR A UNE JARDINIERE

Je t'aime beaucoup. Si je t'écris c'est que je t'aime beaucoup. Si je t'aimais moins, peut être ne l'écrirais-je pas, mais tous ces mots veulent dire que je t'aime beaucoup. Quand tu éventres, quand tu lacères, quand tu défonces les parterres de fleurs. Quand tu jardines je t'aime beaucoup. Et les oiseaux autour font les cannibales, le ciel est une carcasse. Ils grignotent les nuages, et pendant ce temps je t'aime beaucoup dans ton petit tablier tout droit sorti d'un pique-nique. Quand tu arraches, quand tu déchires, quand tu égorges les parterres de fleurs. Quand tu jardines, je t'aime tellement. Et le crachin roule des pelles à tes joues, fait l'amour à tes mains, abuse de tes pieds nus, ces pieux dans la terre. Et tu dépèces, et tu saccages, et tu démolis le parterre de fleurs, et ça je peux te dire que j'aime énormément. Quand tu plantes les griffes dans les mottes, et que ta culotte devient une nappe phréatique de cuisine perdue sous les dentelles, assombrie par l'automne. Je t'aime beaucoup, quand tu te penches, quand tu massacres, quand tu pilles, quand tu ruines les espoirs du printemps. Et si je t'écris tout ça, c'est que vraiment tes yeux en valent la peine qui me ronge, qui me trucide, qui me blesse, qui me fait des traits noirs sous les yeux. Quand je pense que tu ne m'aimes pas un iota, pas un clou, pas un rond, pas un centième, pas un pet de lapin. Et moi je suis assis sur le banc inconfortable du parc et j'écris cette lettre pour toi, pour ta culotte, pour tes mains, pour tes joues, pour la manière dont tu jardines, qui me fait murir lentement, mourir salement, sourire lascivement. Je voudrais devenir une graine et qu'on me foute au fond d'un trou tellement je vous aime, toi et ton jardin.

Guillaume Siaudeau

dimanche 30 mai 2010

JE COUPE LES PONTS QUI NE JOIGNENT QUE LES DERIVES

Ma survie de la plume a toujours dépendu de revuistes et de petits éditeurs…Je suis donc mort plusieurs fois, mais l’on apprend à vivre de sa plume morte, sans les autres qui, la plupart du temps, vous le rendent bien !

Alors j’écris en priorité pour mes tiroirs. Adoptez cette expérience à votre revue, par exemple vous n’en tirez qu’un seul exemplaire, celui qui vous revient, et le tour est joué !

Je pense qu’une revue n’a d’intérêt que si elle soutient pleinement et en continu, avec insistance, les quelques auteurs que le revuiste a envie d’amener à la reconnaissance. Si c’est pour avoir mille abonnés et éparpiller les écrits de ces mille abonnés sur plusieurs années, cela finit par ressembler à un club de bridge à la dérive.

Je suis un simple poète, je ne trimbale pas un surnom en figure de style, mais j’ai bien conscience qu’en poésie, on n’a pas encore dépassé la vieillerie poétique …L’expression moderne –à la mode, les avant-gardistes, ces « recèlements » de traités de versification, ces momies assimilées, digérées, et chiées dans les recueils, encore et encore !

La poésie est devenue une histoire de professeurs et d’adolescents mal léchés attirés davantage par le mythe de Rimb, par sa gueule sur les posters, par cette révolte en trompe l’œil qui mène plus souvent, de nos jours, à l’habit vert qu’en Abyssinie !

Delahaye ! Mais de quoi qu’on cause : de la voiture ou du pote de Rimbaud ?

Les poètes maudits, quand on lit leurs biographies écrites par les Izambard soixanthuitardisés, et fulgureusement diplômés, on se demande si ceux de Charleville et d’ailleurs, ne se révéleraient pas dans la fusion d’un Sarkozy réussi et d’un Baader raté. Ils se toucheraient presque du doigt comme ce symbole sur la fresque du fameux plafond.

A quoi reconnaît-on le style ? A son habit, son col d’hermine…L’autre, pas un mot pour désigner honnêtement l’absence naturelle de style –l’astyle ? L’astylé donc, on le juge, il est dans le box des accusés, l’anarchiste –le vilain terroriste va!

Du mythe, du génie et de la postérité en littérature. (par monsieur de Mauvaise Foy) :

Ce sont des charognards patentés –qui ont obtenu un sceau du pouvoir, et qui plongent leurs becs empuantis dans les cercueils, les chairs putréfiées, les tas méconnaissables, les orbites remplies de gélatine, les os marouflés -les os mous d’électeur invétéré. Ils manipulent ces informités, les combinent, les agglomèrent, en tirent les présumés génies, les figures historiques officielles, celles qui ressemblent comme des fils à l’assujettissement en cours, aux parangons écoeurants qui se suivent…

Toi l’enfant sans collier, si tu cherches un exemple, il agonise sûrement dans une de ces prisons des républiques immondes. L’homme est en phase d’anéantissement, pris dans les sas de l’oubli programmé à travers la bouche des maîtres qui dit oui ou non selon les fils actionnés du gagne-pain qui les relient à leur indépendance.

Fabrice Marzuolo